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À 27 ans, Fabien Keller a déjà développé BirdyCent et Fatster, 2 applications mobiles. Brillant, ambitieux et businessman dans l’âme, il fait partie de ces jeunes leaders et entrepreneurs prometteurs, que rien n’arrête. Installé à Bangkok depuis quelques années, Fabien a accepté de nous recevoir dans la maison de son enfance, à Rama 3, où il vit et travaille dans une ambiance très start-up avec ses 4 collaborateurs.


Vivre en Thaïlande : Pourrais-tu nous parler de toi et de ton parcours. Comment es-tu arrivé à Bangkok ?

Fabien : Je suis arrivé pour la toute première fois dans la capitale thaïlandaise en 2003, avec ma famille. À l’époque, mon père avait créé une société en Thaïlande, c’est la raison pour laquelle nous avons déménagé à Bangkok, où nous avons vécu 5 ans avant de rentrer en France.

Après avoir obtenu mon bac, je suis reparti vivre en Thaïlande, où j’ai intégré une école anglaise spécialisée en mathématiques et finance, puis, je suis retourné en France pour terminer mes études à la Sorbonne et à l’École Polytechnique.

En 2015, j’ai créé ma première société (BirdyLabs) en parallèle des cours et une fois mes études terminées, je suis reparti à Bangkok. Le principal investisseur de Birdylabs y avait installé un bureau d’exploitation, et stratégiquement, c’était important d’être à proximité de lui.
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Vivre en Thaïlande : Peux-tu nous parler de BirdyLabs ?

Fabien : Notre génération est très consumériste, et pourtant nous avons du mal à épargner. La problématique était simple : comment rendre l’épargne indolore et accessible ?

Face à ce problème, notre startup BirdyLabs a donc lancé une application baptisée Birdycent, qui a pour mission de répondre à la difficulté qu’ont les jeunes à économiser, en permettant à ses utilisateurs de mettre de l’argent de côté sans s’en rendre compte.

Lorsque l’utilisateur effectue un paiement par carte bancaire, l’application BirdyCent va détecter le règlement et va demander à l’utilisateur s’il souhaite arrondir sa dépense à l’euro supérieur. S’il accepte, l’arrondi sera automatiquement reversé dans une cagnotte numérique.

Depuis, plusieurs grandes banques françaises ont intégré notre application à leurs services, comme BNP Paribas et la Société Générale. Aujourd’hui, nous comptons plus de 20,000 utilisateurs inscrits et 1,4 million d’euros de flux traités. C’est un vrai succès pour BirdyLabs.
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Vivre en Thaïlande : Tu as créé cette société pendant tes études. Comment en es-tu arrivé là ?

Fabien : J’étais étudiant lorsque j’ai créé BirdyLabs et l’idée m’est venue lors d’une situation plutôt cocasse… Pour la petite histoire, j’étais chez moi, j’avais du pâté mais pas de pain de mie, donc je suis allé en acheter au Franprix. Au moment de passer en caisse, l’hôtesse me demande “Voulez-vous arrondir la dépense pour la donner à une association ?”.

Après avoir accepté, j’ai eu un déclic. C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’il fallait que je fasse ça pour moi, afin de pouvoir économiser (chose que j’avais beaucoup de mal à faire).  Pendant mes études, j’ai rencontré Julien, ingénieur de l’école Télécom Bretagne qui travaillait déjà à la Société Générale en tant qu’ingénieur sécurité bancaire. Je lui ai parlé du projet et il a immédiatement été séduit par l’idée.
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Vivre en Thaïlande :  Quels conseils donnerais-tu aux étudiants qui hésitent à lancer leur entreprise ?

Fabien : Selon moi, créer sa boîte pendant les études est la meilleure des choses à faire. Il y a le soutien des professeurs, leurs conseils, le réseau de l’école, tous les contacts que l’on peut facilement se faire et je dirais qu’il y une formidable énergie autour de cet écosystème. Créer BirdyLabs pendant mes études a été une expérience unique.
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Vivre en Thaïlande : Quelles ont été les principales difficultés auxquelles tu as été confronté ?

Fabien : La première grande difficulté a été de bien comprendre l’écosystème bancaire et ses réglementations. C’est un secteur complexe et c’était parfois difficile de bien comprendre tous les aboutissants de nos actions.

Ensuite, mon premier rendez-vous client a été un vrai challenge. BirdyLabs est ma première boîte, je n’avais aucune expérience professionnelle et je me suis retrouvé à devoir vendre un service bancaire à un expert de ce secteur… Les débuts ne sont jamais évidents, mais c’est comme ça que l’on apprend !

Enfin, la dernière grande difficulté est d’apprendre à devenir entrepreneur, comprendre le fonctionnement d’une entreprise, la comptabilité, le marketing, la communication etc. Ce n’est pas toujours simple mais avec du recul, je me rends compte que j’ai énormément appris lorsque j’étais face à des challenges qu’il fallait surmonter.
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Vivre en Thaïlande :  En 2018, Birdylabs a réalisé sa première levée de fonds auprès d’un fonds d’investissement américain. L’une de tes plus grandes réussites ?

Fabien : Nous avons en effet signé notre première levée de fonds auprès d’un Venture Capital (VC) américain. Elle nous a permis de développer nos activités à l’échelle européenne, plus particulièrement sur la France et surtout d’internationaliser notre entreprise.

C’était un pilier important dans l’histoire de l’entreprise mais il faut garder en tête que ce n’est pas le plus important. Souvent, le problème lorsque l’on créé une boîte c’est de vouloir lever des fonds trop rapidement, d’avoir l’ambition immédiate de rejoindre le fleuron des entreprises qui lèvent du cash. C’est une grande erreur. Le plus important c’est les clients, sinon c’est une passion !
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Vivre en Thaïlande : Es-tu autant investi dans BirdyLabs qu’au début ?

Fabien : Après 4 années passées en tant que CEO BirdyLabs, j’ai récemment pris la décision d’arrêter pour différentes raisons.  C’est essentiel de partager une seule et même vision globale pour bien développer un business, et c’est quelque chose que nous n’avions plus avec mes associés. Nous avons traversé divers événements qui m’ont poussé à arrêter et j’avais envie de changement, d’un nouveau challenge professionnel.

Cependant, BirdyLabs reste une des plus belles choses qui me soit arrivée. Nous avons de belles références clients, c’est une très belle application qui marche bien et nous avons été mentionné à de nombreuses reprises dans la presse. C’est vraiment motivant pour une première boîte !
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Vivre en Thaïlande : Fatster est ta deuxième société créée il y a quelques mois. Peux-tu nous en parler ?

Fabien : Fatster est une startup dans l’health tech (e-santé). La mission de l’application Fatster est d’aider les personnes en surpoids se sentant seul pendant leur perte de poids à trouver leur partenaire idéal avec lequel se motiver et se challenger au quotidien. 

Il faut savoir que l’une des premières causes de l’échec des régimes, c’est la solitude et j’en suis la première victime. J’étais très mince, très sportif à une époque, et j’ai pris plus de 30 kilos. J’ai fait de nombreux régimes mais à chaque fois que je faisais un écart, à chaque fois que j’avais une petite baisse de moral, tous mes efforts partaient en fumée. C’était absolument impossible de me motiver tout seul et c’est comme ça que m’est venue l’idée de créer Fatster.

Il fallait créer une application qui connecte les personnes en surpoids entre elles, afin qu’elles puissent trouver un partenaire qui leur ressemble, qui partage les mêmes problèmes et les mêmes ambitions.

Fatster c’est la combinaison d’une offre à la fois B to C, pour tous les utilisateurs qui téléchargent et utilisent notre application, mais nous avons également un modèle B to B puisque l’on propose un outil professionnel pour les nutritionnistes et les centres d’amaigrissement. Fatster permet à ces experts de suivre leurs patients à distance et donc de gagner du temps pour les deux partis.

Actuellement, la transformation digitale est l’un des plus gros challenges auquel les entreprises font face et Fatster s’inscrit dans cette dynamique. En effet, l’application va permettre à différents acteurs de la santé, comme le nutritionniste ou des centres hospitaliers par exemple, de collecter l’information en temps réel, d’analyser à distance et de bien conseiller son patient.
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Fatster, la dernière application mobile créée par Fabien Keller

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Vivre en Thaïlande : Comment fonctionne Fatster ?

Fabien : Fatster, c’est un peu comme un réseau social bienveillant dédié à la perte de poids ! Il suffit de s’inscrire, créer son profil et de trouver son buddy en swippant, ce geste qui consiste à balayer son pouce vers la gauche ou la droite de l’écran de son smartphone pour tirer les profils.

L’application intègre également une carte interactive, dans laquelle nous proposons l’adresse et les coordonnées de nutritionnistes, de restaurants “detox et healthy”, ou encore de salles de sport, ce qui permet aux utilisateurs d’être accompagnés au mieux pendant leur perte de poids. Fatster a pour objectif de faciliter la mise en relation entre les utilisateurs et ces différents acteurs.

L’application est gratuite pour tous les utilisateurs et payante pour les professionnels à hauteur de 99 euros / mois. Les partenaires souhaitant être visible dans notre “map” ont accès à trois offres et dont la première commence à 19 euros par mois.
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Vivre en Thaïlande : Peut-on déjà télécharger Fatster ?

Fabien : Pour le moment nous avons lancé une version alpha privée sur laquelle nous avons 100 utilisateurs et déjà plus de 215 kg perdus. Tous les utilisateurs ont trouvé un buddy et nous avons d’excellents retours. La sortie de la version finale sera disponible dans les prochaines semaines.
Il faut inscrire son e-mail sur www.fatster.app et dès que l’application mobile sera disponible, nous en alerterons nos utilisateurs !
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Vivre en Thaïlande : Fatster est une société française qui a été créée en Bretagne, pourtant tu vis à Bangkok. Pourquoi ?

Fabien : Je vis à Bangkok, mais je suis très souvent en déplacement entre la France, Singapour et Hong-Kong.

J’ai aussi choisi de m’installer dans la capitale thaïlandaise puisqu’une partie de l’équipe y est basée. Dans notre stratégie, nous voulons nous attaquer au marché français, mais aussi en Thaïlande où le problème de l’obésité grandit d’années en années et Singapour puisque 32% des personnes sont en surpoids.


En France, nous avons cette chance d’avoir de très beaux dispositifs d’accompagnement. Je pense notamment au Technopole de Quimper et plus largement la région Bretagne qui nous accompagne stratégiquement dans cette aventure. Ils sont très dynamiques et à l’écoute.
En terme de stratégie, nous nous partageons la workforce avec mes associés, chacun à son marché. Et puis le digital n’a pas de frontières.
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Vivre en Thaïlande : Quels-sont tes objectifs futurs en termes de chiffre et d’évolution ?

Fabien : Nous aimerions atteindre un premier pallier de 10,000 utilisateurs actifs à la fin de l’été, avoir signé une centaine de clients et entamer notre première levée de fonds.
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Vivre en Thaïlande : Comment se porte le marché de l’entreprenariat en Thaïlande ? Est-il facile de lancer son business ?

Fabien : La Thaïlande est un pays capitaliste avec un marché libre, avec une bureaucratie assez flexible (il y a aussi de nombreux contres-exemples…!). C’est un super pays pour lancer son business !  Le plus important est de s’assurer que l’entreprise soit financièrement viable, et que vos produits ou services répondent à la demande du marché.

Il y a quelques années, le gouvernement thaïlandais a mis en place le Board Of Investment (BOI), en quelque sorte le “pass startup”, qui permet aux entreprises de recruter qui elles veulent, sans devoir respecter le quota étrangers / thaïlandais que l’on retrouve dans les sociétés de “droit thai”. En revanche, le BOI s’adresse aux entreprises innovantes qui développent des produits / services dans des secteurs spécifiques. Il y a plusieurs conditions à respecter pour enregistrer sa boîte au BOI, comme investir un capital minimum qui peut s’avérer conséquent.

Si votre entreprise est créée sous droit thaï et n’a pas le “statut” BOI, vous ne pourrez détenir plus de 49% de la société. L’entreprise doit être majoritairement Thaïlandaise à 51% .
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Vivre en Thaïlande : Quels seraient tes conseils pour un futur entrepreneur qui souhaiterait se lancer en Thaïlande ?

Fabien : C’est indispensable de bien connaître le pays avant d’arriver. Il y a des lois, il y a une manière de faire, l’administration est différente qu’en France, le business est bien différent de ce que l’on connaît en France. Il ne faut surtout pas arriver en se disant que tout est facile, que c’est les vacances. Bangkok est devenue une ville chère, le prix de l’immobilier a explosé en seulement 10 ans.

Il y a l’avantage de pouvoir réussir très rapidement en ayant les bons contacts ici, mais il y a aussi un risque de tout perdre très rapidement, et beaucoup plus facilement qu’en France. On a moins de “sécurité”.

Pour les personnes qui souhaitent tout simplement se lancer dans l’entreprenariat, quel que soit le pays, je pense que la chose la plus importante est de savoir bien s’entourer, et ce dès le départ.
L’idée ce n’est pas le plus important, cela représente 5% à 10% dans l’équation de réussite. En revanche, le capital humain est déterminant. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance de tomber sur de très bons profils lors de la création de mes deux premières boîtes, mais certains de mes amis n’ont pas eu la même chance.

Idéalement, il faut aussi partir avec une certaine liberté financière, avoir un peu d’économie de côté. Au début, le fondateur ne doit pas s’attendre à se verser une rémunération conséquente. C’est la raison pour laquelle il est fondamental d’avoir des économies de côté.

Il faut avoir le sens des réalités, garder en tête que plusieurs personnes ont peut-être la même idée que toi et surtout de bien s’assurer que votre produit ou service répond à la demande du marché.

C’est important de se remettre en question régulièrement et challenger les premiers chiffres. Croire en son projet est très essentiel mais il faut aussi savoir « step back », y aller petit à petit dans une démarche de “test & learn”, avoir une vision cohérente, et comprendre de ses erreurs.
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Vivre en Thaïlande : Des projets pour la suite ?

Fabien : J’aimerais organiser des sessions de mentorat, des formations pour aider les personnes à lancer leur société, leur expliquer les étapes, les démarches, les choses auxquelles il faut faire attention pour réussir, etc.

L’idée est de partager mon expérience, d’encourager et d’accompagner les expatriés à Bangkok qui souhaitent devenir entrepreneurs, qui ont de belles idées mais qui ne savent pas comment se lancer ! J’ai aussi beaucoup d’idées de futures boîtes qui trottent dans un coin de ma tête.